En Algérie, le référendum sur la révision constitutionnelle ne fait pas mouche ! 

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Depuis le début de la campagne et jusqu’à aujourd’hui, dimanche 1er novembre, jour du référendum populaire sur la révision de la Constitution en Algérie, les Algériens se sont montrés résignés et n’affichent aucun engouement. Ce scrutin est surtout marqué par le contexte sanitaire critique lié au Coronavirus et par la grave dégradation de l’état de santé du président de la République Abdelmadjid Tebboune. Il a d’ailleurs dû être transféré de l’hôpital militaire d’Ain Naadja, à Alger, vers l’Allemagne. 

Ce rendez-vous électoral qui, pour certains observateurs, s’inscrit dans la droite ligne de la feuille de route que s’est fixée le gouvernement en vue d’apporter des révisions afin d’aboutir à une nouvelle Constitution, ne fédère pas l’ensemble de la population.

Cette révision est censée fonder une « Nouvelle République » et répondre aux aspirations du mouvement de protestation populaire « Hirak ». Les droit de l’Homme et la liberté de la presse devraient être consacrés dans « l’Algérie Nouvelle », mais les projets du gouvernement suscitent la défiance d’une grande majorité de la population. En effet, le contexte actuel de forte répression envers les journalistes et les figures du « Hirak », dans le pays, est en complète contradiction avec les annonces gouvernementales concernant la révision constitutionnelle.

Comme nous avons pu le constater, les trois semaines de campagne, qui se sont clôturées le mercredi 28 octobre, se sont déroulées dans un contexte de boycottage par les algériens qui la considère comme un non-événement. Seuls les partisans de « la continuité » ont largement pu s’exprimer dans les médias mais sans soulever, pour autant, l’intérêt populaire.

Dans certains quartiers d’Alger, nombre de panneaux électoraux sont restés vides, tandis que les affiches ont été arrachées sur les autres. C’est, certes, une image microscopique mais qui en dit long sur l’abstention quasi-totale du peuple algérien à ce référendum, largement considéré comme « une mascarade électorale ».

Les avocats et les constitutionnalistes, quant à eux, sont unanimes sur le fait que « la révision de la Constitution n’est pas “une priorité” proposant “une opération à grande échelle sur tout le territoire national” le jour du 1er novembre ». Ils affirment que le texte « maintient un régime présidentialiste et autorise d’éventuelles missions de l’armée algérienne à l’étranger ».

Il faut rappeler que depuis 1963, l’année de la première Constitution de l’histoire de l’Algérie post-coloniale, le pays a connu huit (08) amendements à la Constitution.

Pour Maître Zoubida Assoul, « l’amendement de la Constitution n’est pas du tout la priorité des Algériens et des Algériennes. Surtout de ceux et celles qui sont sortis le 22 février 2019 dans une révolution pacifique qui avait demandé et exigé le changement du système et a poussé l’ex-Président déchu, Abdelaziz Bouteflika, à la démission. Donc pour nous, amender la Constitution n’est pas du tout une priorité ».

Elle précise que cette Constitution « n’apporte rien de nouveau », mais donne plutôt « des pouvoirs pharaoniques au président de la République ». La présidente du parti politique l’Union pour le Changement et le Progrès (UCP) a reproché à Abdelmadjid Tebboune de ne pas avoir tenu les promesses qu’il a faites lors de son élection à la tête du pays. Elle rappelle qu’il « avait promis trois choses. La première c’est de réduire les pouvoirs du président de la République, la deuxième des choses c’est d’assurer la séparation et l’équilibre entre les pouvoirs et la troisième des choses c’est de garantir l’indépendance de la Justice ». « Si on regarde de près le contenu de cet amendement, on va trouver le contraire de ce qui a été annoncé dans cette lettre de mission », martèle-t-elle.

Le quotidien francophone El Watan, dans une tribune consacrée au scrutin référendaire, écrit que l’amendement constitutionnel voulu par le Président Tebboune et perçu « comme le socle de son projet de société pour la ‘‘Nouvelle Algérie’’, la tenue du référendum (…) ne semble pas susciter l’adhésion et l’enthousiasme des Algériens, comme l’atteste la campagne électorale qui n’a pas tenu les promesses faites par les autorités pour en faire un cadre de débat démocratique et de large mobilisation populaire, une fête électorale ».

Dans un climat de répression, marqué par l’arrêt momentanément des manifestations hebdomadaires du mouvement populaire Hirak en raison de la propagation du Coronavirus, les opposants et les défenseurs des droits humains dénoncent un projet qui, selon eux, « vise à enterrer le Hirak et repousser encore l’élection du Président pour plusieurs mandats présidentiels ».

Ce dimanche 1er novembre, il n’y aura visiblement pas d’images du Président exerçant son droit électoral. Abdelmadjid Tebboune sera toujours sous surveillance médicale en Allemagne. Il ne posera donc pas non plus devant les caméras de télévision. Politiquement, c’est tout un échec pour une démarche complètement faussée.

Dans ce contexte de mauvaises coïncidences, le pouvoir en place, sans Président pour un événement d’une telle importance, risque d’être encore rattrapé par son passé venu de l’ère Bouteflika. A chaque rendez-vous électoral, le sentiment de désobéissance civile ne fait que se renforcer. Un fort taux d’abstention n’est pas à écarter. Il risque de fragiliser encore davantage le pouvoir en place.

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