Burkina Faso, Djoari Olivier Ouoba : le capital humain levier du développement !

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« Il faut plus investir dans le capital humain que dans les entreprises »

L’employabilité comme fer de lance du développement au Burkina Faso. Djoari Olivier Ouoba, co-fondateur de l’organisation BurkinAction, a exposé, le 8 octobre dernier aux 2ème Rencontres nationales de la formation professionnelle et de la création d’entreprise du Burkina Faso, un positionnement singulier qui tranche avec une tendance actuelle centrée sur l’entrepreneuriat.

« N’importe qui peut devenir entrepreneur, mais tout le monde ne le sera pas. » Djoari Olivier Ouoba, co-fondateur de BurkinAction, réseau international d’actifs burkinabé, préfère regarder l’entrepreneuriat avec lucidité. Il propose une voie plus pragmatique pour le développement du Burkina Faso à travers le renforcement de l’employabilité des burkinabé pour répondre aux besoins des entreprises déjà existantes dans le pays.

Invité aux 2ième Rencontres nationale de la formation professionnelle et de la création d’entreprise du Burkina Faso, organisées par Expertise France (7 et 8 octobre) sous la tutelle du ministère de la jeunesse et de la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes et avec le soutien de l’Union Européenne, il intervenait à l’occasion de la table ronde : « Comment accompagner un jeune créateur d’entreprise qui est sans moyen et sans réseau ? »

L’entrepreneuriat est une réponse à un déficit d’employabilité

« Il y a un gros mythe autour de l’entrepreneuriat, il y a énormément de structures d’accompagnement qui se créent et qui proposent d’accompagner les entrepreneurs. Selon nous, c’est une réponse à un déficit d’employabilité.

Il faut arrêter d’envoyer tous les jeunes vers l’entrepreneuriat. C’est un parcours très difficile et sans fin. Et c’est d’autant plus difficile d’y aller quand on n’a pas de moyens (et pas forcément financiers) et pas de réseau », estime-t-il.

Sans décourager pour autant ceux et celles, parmi les jeunes, qui souhaitent se lancer dans l’aventure. « Le meilleur moyen de savoir si on est un entrepreneur ou pas est d’essayer. Parce que personne ne vous apportera cette réponse.

Et le meilleur moment pour se lancer, pour les jeunes : c’est aujourd’hui. Parce qu’on a du temps et le temps est la meilleure ressource dont on dispose lorsqu’on est un entrepreneur. Donc je conseillerai aux jeunes de se lancer maintenant pour qu’ils se rendent compte si l’entrepreneuriat est fait pour eux ou pas. »

L’entrepreneur vs le chef d’entreprise

Le co-fondateur de BurkinAction fait la distinction, en matière de création d’activité, entre l’entrepreneur et le chef d’entreprise. L’un est seul et lance son activité en testant son business model, l’autre a déjà son entreprise et a besoin de ressources humaines (RH) pour la faire tourner et la développer.

« Je différencierai l’entrepreneur, qui est plus en mode start-up et création d’entreprise, et le chef d’entreprise. L’entrepreneur a besoin d’accompagnement sur la validité de son modèle économique pour tester sa proposition de valeur etc…

Le principal sujet pour un chef d’entreprise est la question RH. Là où un entrepreneur va échouer par manque de compétence, le chef d’entreprise va échouer parce qu’il est mal entouré. Parce qu’il n’a pas, au sein de son entreprise assez de personnes qualifiées, compétentes pour l’aider à piloter son entreprise.

Parce qu’un chef d’entreprise ne peut pas tout faire seul. Donc là se pose la question RH au Burkina Faso. Parce que très peu d’entreprises peuvent se permettre d’avoir un DRH ou une personne en charge des RH.

Très généralement c’est le chef d’entreprise qui s’en occupe et pour plusieurs raisons, il ne sait pas le faire ou il le fait très mal.

Il faut plus investir dans le capital humain que dans les entreprises », explique-t-il.

L’exemple du Ouaga Job Challenge

Et il se base sur une expérimentation, le Ouaga Job Challenge (OJC), conduite par BurkinAction pour illustrer les besoins existants du marché de l’emploi au Burkina Faso.

Programme international d’accompagnement de jeunes actifs à l’intégration professionnelle au Burkina Faso, l’OJC leur permettait de bénéficier d’un accompagnement sur les soft skills et le savoir-être : comment bien se présenter, comment bien rédiger un CV, comment bien se tenir en entretien, comment bien se connaître, comment apprendre à faire des recherches sur l’entreprise pour laquelle on postule…

« A la suite de ce programme, qui s’est déroulé sur 6 mois, nous avons réussi à placer 80% des personnes que nous avons accompagnées », détaille-t-il quant à l’impact d’une action soutenue par plus d’une trentaine d’entreprises partenaires.

Preuve en est donc qu’il y a d’importants besoins en matière de ressources humaines dans le pays. Et même mieux, car l’OCJ, en attirant les membres de la diaspora, a fait du Burkina Faso un véritable pôle d’attractivité professionnelle. Les candidatures venaient aussi bien des Etats-Unis, de France, de Chine, que d’autres pays africains.

Le concept d’une « écologie du développement »

Pour en revenir à l’entrepreneuriat, Djoari Olivier Ouoba déplore « qu’il y ait un écosystème entrepreneurial trop embryonnaire au Burkina Faso ». Et de comparer le contexte à un pays comme le Nigeria « où ils ont des familly office, des business angels, des fonds de capital risk, des banques » prêts à accompagner les entrepreneurs à chaque stade de leur développement.

Une analyse d’autant plus avisée que le co-fondateur de BurkinAction est aujourd’hui consultant en finance et stratégie. D’analyste à directeur financier, il a officié plus d’une dizaine d’années en France, aux Etats-Unis et au Burkina Faso, avant de faire le choix de s’installer à Ouagadougou pour fédérer les énergies et mieux contribuer au développement du pays.

« A BurkinAction nous proposons une approche résolument écologique du développement », pose-t-il. « Car si l’écologie est le rapport de l’Homme à son environnement alors il faut prendre en compte l’environnement socio-économique dans le développement de nos actions. Ce qui nous permet de trouver des solutions qui s’intègrent dans un écosystème ».

Des solutions endogènes donc pour le Burkina Faso : « Et tant qu’on n’aura pas compris ça on n’arrêtera pas de tourner autour du sujet », conclut-il. Une vérité qui est assurément transposable à de nombreux pays du continent.

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